Communication de l’État : « mutualiser » pour mieux faire taire?

300 millions d’euros d’économies, des emplois transférés, des services et opérateurs placés sous une communication préfectorale unique… La recette est connue : on appelle cela « efficacité », « sobriété » et « mutualisation ». A FO, nous y voyons surtout une nouvelle réforme menée à marche forcée.

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Le Premier ministre a décidé de réformer en profondeur la communication de l’État. L’instruction du 25 août 2026 affiche la couleur : les dépenses de communication de l’État et de ses opérateurs doivent passer de plus d’un milliard d’euros en 2024 à 700 millions en 2026.

300 millions d’euros d’économies. Voilà déjà une définition très concrète de « l’État efficace ».

Et, comme souvent, lorsqu’on commence par annoncer les économies avant même d’évaluer les conséquences de la réforme, on devine assez facilement qui risque de servir de variable d’ajustement.

Un bureau unique sous l’autorité du préfet : circulez, il n’y aura bientôt plus qu’une voix!

Dans chaque département doit être créé un « bureau unique de la communication de l’État et de ses opérateurs », placé sous l’autorité du préfet.

Et avec quels personnels ? Certainement pas avec des créations d’emplois !

Les postes seraient transférés depuis les services déconcentrés et les opérateurs de l’État.

Après les fonctions support, les SGCD et les mutualisations en tout genre, voici donc le nouvel épisode : la préfectoralisation de la communication.

On prend des emplois aux services et aux établissements, on les concentre ailleurs, puis on explique que tout le monde sera plus « efficace ».

Magique !

Sauf que DREAL, DDT(M), DIR, DIRM et établissements publics ne sont pas de simples agences de communication du préfet. Ils portent des politiques publiques, disposent d’expertises techniques et doivent pouvoir informer les usagers, les collectivités et les citoyens sur leurs missions. 


ADEME, Anah, ANRU : l’autonomie locale n’est pas un détail:

La question est tout aussi sensible pour les opérateurs.

ADEME, Anah, ANRU : leur capacité à communiquer directement sur leurs politiques et leurs dispositifs présente un véritable intérêt sur le terrain.

Dans le domaine de l’habitat, par exemple, la communication de l’Anah est importante auprès des élus, des collectivités et des citoyens, directement ou en lien avec les DDT.

Demain, faudra-t-il que toute cette communication passe par le filtre d’une stratégie unique?

Pour le SNP2E-FO, coordonner ne signifie pas mettre au pas.  Et une communication publique ne doit pas devenir une communication destinée uniquement à présenter ce qui va bien.

Car à force de vouloir une seule voix, il devient aussi beaucoup plus facile de mettre la poussière sous le tapis : actuellement en matière d’environnement, mais aussi régulièrement en matière d’habitat, secteurs pourtant déjà largement malmenés par les restrictions budgétaires et les réorganisations.

Et les agents ? Ah oui… les agents!

L’instruction fixe un objectif : réforme opérationnelle dès janvier 2027.

Autrement dit : vite !

Mais quels emplois seront transférés ? Quels agents? Où? Sous quelle autorité hiérarchique? Avec quelles missions? Quel avenir pour les équipes actuellement constituées? Quelles conséquences sur les conditions de travail et les parcours professionnels?

Sur ces sujets pourtant légèrement importants, beaucoup moins de précisions.

Le projet FO le relève déjà : les organigrammes semblent une nouvelle fois se dessiner avant que l’on s’intéresse aux femmes et aux hommes qui occupent les postes.

On réforme d’abord. On évaluera peut-être ensuite. Une méthode malheureusement devenue familière.

Pour le SNP2E-FO : pas de réforme à marche forcée!

Pas question qu’une réflexion inter-services aussi structurante soit conduite sans évaluation préalable et concertée de ses avantages, de ses inconvénients et de ses conséquences, avec les ministères, les établissements publics, les services et les agents concernés.

Nous revendiquons le maintien des emplois et des compétences au plus près des missions, le maintien d’une capacité de communication propre aux services et établissements lorsque leurs missions le nécessitent, une véritable évaluation des conséquences de cette réforme avant tout transfert, et la consultation des instances de dialogue social compétentes avant toute réorganisation ou modification des conditions de travail.

Les personnels ne seront pas la ligne « économies » d’un nouveau tableau Excel de réorganisation de l’État.

La communication de service public doit servir à informer les citoyens et expliquer les politiques publiques, pas simplement à faire remonter toute parole vers une communication préfectorale unique.

Mutualiser n’est pas dépouiller. Coordonner n’est pas contrôler. Et communiquer n’est certainement pas se taire.

À force de vouloir que l’État parle d’une seule voix, le Gouvernement ferait bien de vérifier qu’il lui reste encore des services, des opérateurs et des agents pour avoir quelque chose à dire.

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